Histoire de Transition : Le Monde d'Après

Dernière mise à jour : 6 avr. 2021



Les huit semaines de confinement n’ont pas été un « plateau » d’activité. Au contraire, cette période a été marquée par de multiple initiatives pour reprendre le travail (ex : BTP). La sortie du confinement « officielle » prévu pour le 11 mai n’étant, finalement, qu’une étape parmi d’autres vers la reprise de l’activité.


La rentrée de septembre est aujourd’hui en ligne de mire car elle correspond, pour la plupart des acteurs économiques, à la limite du « supportable » et au début de la mise en œuvre du plan de relance gouvernemental. Alors que les esprits sont éprouvés par cette crise sans précédent, il semble que l’été qui arrive ne soit malheureusement pas le moment de « souffler ». Le plan est en cours de préparation et les arbitrages seront faits jusqu’au dernier moment. Il s’agit pour toutes les filières de s’organiser pour pouvoir récupérer une partie de la manne qui sera distribuée. Les contreparties seront nombreuses et certainement contraignantes, certains préféreront y renoncer.


Plus qu’une aide aux dépenses courantes, l’Etat souhaitera y voir des investissements pour accompagner et accélérer les tendances lourdes de la société : l’écologie, la santé, le digital, la « de-sinisation » des secteurs vitaux, etc. Peut-être qu’il en profitera pour faire son mea-culpa et corriger ses erreurs et son manque de « Vision »


Dans certains secteurs, la mise en confinement a été l’occasion de « révolutions coperniciennes ». Le déploiement massif du travail à distance, la réglementation « temporaire » permettant la signature à distance des actes de ventes immobiliers, les dérogations ad-hoc des régulateurs bancaires et l’ouverture nécessaire du champ d’application de la télémédecine, voilà autant d’accélérateurs de changements fondamentaux et préexistants à la crise.


Le télétravail et le numérique, en affranchissant l’activité de la proximité physique, peut remettre en cause le modèle de filière économique et la répartition de leur valeur ajoutée. Pour les entreprises, il s’agit donc de se préparer sur trois plans : continuer à mettre en œuvre le programme permettant de « protéger » l’entreprise, mobiliser la filière pour qu’elle puisse bénéficier du plan de relance préparé par le gouvernement et anticiper ses évolutions pour pouvoir bénéficier le plus rapidement des gisements d’économies, de performances et d’opportunités qu’elles apporteront.


La gestion du Cash


La crise ne touche pas tout le monde de la même façon, l’impact dépend du secteur d’activité, de la taille de l’entreprise, de son positionnement dans la filière et pour finir dans la capacité du management à faire face à la crise pour maintenir l’activité ou pour mettre en place les mesures de « conservation ».

Pour minimiser l’impact de la crise sur leur résultat sur 2020, les organisations dont beaucoup ont déjà subi la crise 2008-2009, ont mis très rapidement les actions pour « contracter » leur structure de coûts telles que :

  • Les mesures de chômage partiel pour certaines entreprises,

  • La prise de RTT et le maintien des congés pris durant la période de confinement,

  • L’arrêt de projets jugés non prioritaires et le « ralentissement » de certains

  • La suspension de certaines prestations notamment de consulting et de communication (participation à des salons, séminaires par exemple)

  • Leur renforcement de leur position en ayant recours à des crédits (PGE)

  • La mise en priorité au redémarrage et à la continuité de la production

Les entreprises espèrent aussi pouvoir rattraper au quatrième trimestre le « retard » pris dans les premiers mois de confinement. La majorité des entreprises assure avoir un niveau de cash suffisant pour surmonter l’épisode C-19, à condition que celui-ci ne s’éternise pas (3-6 mois) et sont d’autant plus confiants que leurs clients sont des ETIs, des Grands Comptes et le Public.


L’organisation du travail pour « tenir la distance »


L’encadrement doit s’adapter au travail à distance. Dans la phase de confinement, les managers qui ont eu un suivi plus « serré » et veillé au bien être des personnes isolées s’en sont mieux sortis que les autres. Ce nouveau mode de management a parfois nécessité la mise en place des tableaux de bord et des Kpis spécifiques pour pouvoir suivre l’avancement du travail au quotidien. Les performances sont variables en fonction des métiers. Il y a eu très peu de perte de productivité pour les activités transversales et les fonctions Supply Chain, Finances et IT mais plus on s’est rapproché de la production et du terrain, plus cela a été compliqué.

Si le confinement a paru bien long, il ne l’a pas été suffisamment pour s’adapter complétement au travail à distance. Par exemple dans l’IT, beaucoup de projets qui devaient démarrer ont été reportés et, de la même façon, d’autres ont vu leur déploiement auprès des utilisateurs repoussés après la fin du confinement. Alors que les projets urgents ont été initiés, réalisés et déployer dans le même temps. Et particulièrement ceux qui étaient destinés à la mise en œuvre des outils de télétravail eux-mêmes et qui ont nécessité un effort important d’accompagnement par les équipes informatiques.

Néanmoins, le retour sur site est nécessaire. Les collaborateurs sont épuisés psychologiquement par le télétravail. Les réunions virtuelles se sont multipliées et les managers opérationnels ont fini en confcalls en permanence. Au fil du temps, la collaboration s’est avérée plus compliquée et les marques de « défiance » entre pairs se sont développées. Les problèmes entre collaborateurs sont devenus de plus en plus difficiles à gérer. Selon les témoignages recueillis, la communication informelle a disparu « « Radio Moquette » a cessé de fonctionner » au profit d’une information plus structurée « En télétravail, les réunions sont plus courtes et plus efficaces »

En termes d’organisation, les entreprises devront trouver des règles de fonctionnement pour le « Travail à Distance » et celui sur site et prenant en compte ces 2 modes d’activité. Au regard de l’expérience vécue, elles devront revoir celles qui avaient été définies auparavant et en proposer de nouvelles (exemple : abandonner le libre choix des jours de télétravail et proposer que tout le monde le soit le vendredi). Quoiqu’il en soit, la bonne pratique du télétravail implique un bon niveau de confiance entre l’encadrement et les collaborateurs

L’impact de ce nouveau mode de travail sur les locaux est encore à venir. A court terme, les entreprises vont profiter de l’espace pour permettre aux collaborateurs de travailler avec la distanciation sociale requise. Les économies liées à la réduction des espaces de travail devront sans doute attendre mais comme elles pourront être conséquentes, il est à parier que la réticence du management au travail à distance en sera d’autant plus réduite. Les projets d’implantations de bureaux dans les zones périphériques proches des grandes villes pourraient réapparaître.


La recomposition de la filière


Le redémarrage nécessite souvent une approche cohérente du secteur. Par exemple, il ne sert à rien de rouvrir un chantier si toute la chaine logistique et les fournisseurs qui l’alimentent ne sont pas prêts à redémarrer eux-mêmes.


Pour certains acteurs, la crise leur a permis de pénétrer des comptes ou des marchés qui leur étaient jusque-là fermés (ex : logistique du « dernier kilomètre »). En général, elle a permis aux entreprises, par l’intermédiaire de leurs « cellules de crise » respectives, de se rapprocher, de s’évaluer et d’établir le cas échéant des relations étroites avec leurs clients ou leurs fournisseurs. Les acteurs majeurs des filières, qui en avaient les moyens, on pu même financièrement soutenir ceux qui sont fragilisés en retardant ( ou en avançant) les échéances de paiement. Ces échanges avec de multiples intervenants leur ont permis aussi d’avoir une meilleure connaissance de l’état des compétiteurs.


Ces opérations pourront induire à l’avenir des rapprochements et/ou une redistribution de la valeur ajoutée. Les repositionnements et les collaborations pourront être favorisés par le télétravail et la mise en place de nouvelles équipes « virtuelles » … Et puisque nous en sommes à des bouleversement de référentiels, n’est-il pas temps de revoir certaines stratégies et d’entamer des approches avec des partenaires, concurrents, ou autres acteurs de filières afin de bâtir des projets communs.


L’autre question de la « filière » concerne la localisation du travail. Le traitement de la pandémie s’oriente vers des pratiques relativement homogènes d’un pays à l’autre (confinement, distanciation sociale, suivi et traçage « humain » des cas de covid 19 avéré). Contrairement à ce que certains avaient pu penser il n’y aura pas de zone durablement plus « préservée » que d’autres. La re-localisation des activités ne sera pas donc guidée par des critères sanitaires mais par des critères stratégiques (ex : de-sinisation de l’activité) et toujours économiques. Le succès du travail à distance massif n’a fait que confirmer une tendance de fonds déjà opérante et qui montrait que la proximité physique n’était pas nécessaire à certaines tâches. Quitte à les faire à distance, pourquoi ne pas les faire en Régions ? au-delà des frontières ? et finalement au-delà des Océans ?

C’est le cas d’une entreprise d’envergure international qui a modifié l’organisation de son programme IT pour favoriser les centres de développement les moins chers (Europe du sud) et qui imagine une organisation virtuelle mondiale.


La réticence au télétravail n’a pas été seulement surmonter qu’en France mais aussi en Europe, dans des pays, a priori, plus réticents et dans le monde entier, y.c dans les économies anciennement émergentes

On peut supposer aussi qu’il y aura dans un premier temps moins de déplacements intercontinentaux

Conclusion

Les entreprises et organisations vont, au vu de nos entretiens, subir des impacts très différents en fonction de leur secteur d’activité, et même à l’intérieur des secteurs, comme cela a déjà été le cas dans la période de confinement.

Des réflexions stratégiques vont être réalisées, même si le court-terme va être privilégié jusqu’à la fin de l’année. Le soutien de l’Etat, à travers son plan de relance, permettra, nous l’espérons tous, de corriger les effets d’une crise qui n’a pas épargné les secteurs en activité. Citons le cas du secteur des transports, qui a continué à travailler, mais avec des marges effondrées du fait du taux de remplissage des camions et de l’augmentation du coût à la tonne kilomètre en dépit de la baisse du prix du gazole.

Il faudra donc être agile et savoir s’adapter rapidement à un environnement incertain pour longtemps.


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