Histoire de Transition : L'Entrée en Confinement - Avril 2020

Dernière mise à jour : 6 avr. 2021

Préambule


Entre le 31 mars et le 7 avril dernier, une 30aine d’entretiens qualitatifs d’une durée

moyenne de 30’ ont été menés avec des managers essentiellement de grandes

entreprises Françaises de l’Energie, des Telecoms, du BTP, de l’industrie de la

Banque et de l’Assurance





La discussion concernait les préparatifs de sortie de confinement, et dans la pratique

ce qui s’était passé et les étapes à venir ont aussi été évoqués


5 phases se sont dessinées :

  • Phase 1 : l’entrée en confinement avec le déploiement du « Travail à distance », le déploiement de l’informatique et, le cas échéant, la mise en place de programme de « Contraction d’activité »

  • Phase 2 : la période actuelle de confinement avec ses contraintes sur le management, l’activité en forte baisse bien qu’en ce qui concerne l’IT, elle reste, dans certains secteurs, importante

  • Phase 3 : la sortie du confinement qui est la préoccupation de plus en plus de DG et qui devra prendre en compte les critères sanitaires, sociaux et sectoriels

  • Phase 4 : la période comprise entre la sortie du confinement et la fin de l’épidémie qui sera une phase très complexe et très incertaine avec des solutions qui pourront disparaitre aussi rapidement qu’elles seront apparues (ex : la solution de visio-conférence Zoom qui, en 4 semaines, est sortie de « l’ombre » pour monter au somme avant d’être rejetée par beaucoup d’entreprises)

  • Phase 5 : correspond à un retour à la « Normale » qui sera bien évidemment toute relative car il est évident que l’expérience de l’épidémie aura marqué

Phase 1 - L’entrée en Confinement


- Le déploiement du « Travail à Distance » :

Dans le cadre de la crise du Covid 19, la mise en œuvre du « Travail à Distance » a été une opération qui, par le nombre massif de personnes, la diversité des métiers concernés, le temps imparti de l’activité faite à domicile (100%) n’a rien à voir avec le « Télétravail » jusqu’alors pratiqué par les entreprises. Les accords passés avec les syndicats ne concernaient souvent qu’une partie du personnel, que certains métiers et pour une durée limitée à quelques jours par semaine.


Avant la date effective du Confinement général, des initiatives avaient, ici et là, été prises notamment avec la mise en 14aine d’équipes ayant été en contact avec un collaborateur diagnostiqué positif au Covid 19 ou la mise en place, à titre préventif, de mode alterné avec, par semaine, la moitié de l’équipe en télétravail et l’autre sur site. Ces systèmes ont finalement très peu duré.


Si la mise en œuvre a été simple pour les collaborateurs pratiquant déjà le télétravail, elle l’a été beaucoup moins pour ceux dont les activités n’étaient pas prévues en « remote » pour des raisons opérationnelles, de sécurité ou de confidentialité (notamment les conseillers de clientèle).


Les entreprises dont une partie du stock de masques a été réquisitionnée par l’Etat, ont pu conserver un nombre suffisant pour assurer leurs missions d’OIV ou d’OSE sur site, notamment pour celles de supervision et de maintenances opérationnelles. Les activités stratégiques et militaires n’ont pas été concernées et les équipes ont pu continuer à travailler.

En général,

les entreprises implantées à l’internationale, ont décidé de suivre les consignes locales. Certaines ont profité du passage en confinement en France pour proposer à tous leurs collaborateurs de travailler à distance quelque soient les recommandations du pays (US, Afrique, Inde,…)


- Le déploiement informatique


Les implantations parisiennes des sociétés ont bénéficié de l’expérience des grèves de l’hiver dernier et n’ont eu à faire face qu’à une « extension » du périmètre des activités concernées par le travail à distance. La situation a été plus complexe en Régions

Certaines entreprises avaient déjà acheté des équipements spécifiques (ex : claviers médicaux lavables pour les postes partagés des centres de contrôle) et anticipé des commandes de terminaux portables. D’autres ont pu acquérir, dans les premiers jours de confinement et dans une ambiance de « far west », les derniers stocks disponibles.


Même si certains collaborateurs sont partis avec leur PC fixe sans avoir fait les configurations nécessaires au télétravail, le déploiement des postes et la mise en « travail à distance » s’est globalement bien passé pour toutes les entreprises. Un effort considérable a été fait par les DSI pour assurer la formation et le support à l’utilisation des nouveaux outils.

Si les réseaux télécoms nationaux (Orange, Bytel, SFR, …) ont « tenu », des entreprises ont mis plusieurs jours pour adapter leurs équipements et leurs configurations réseaux à l’augmentation du volume d’activité. Certaines ont dû contraindre, temporairement, les employés à travailler en 2 X 6h (7h-13h/13h-19h) afin de ne pas saturer les systèmes et des opérations sensibles de mise à jour technique ont été faites alors que les équipes étaient déjà confinées. Il est clair que l’utilisation de Services Cloud (ex : O365) et de solutions du type « remote PC », Citrix ou MS TSE a très largement favorisé le succès de l’opération.


- Programme d’adaptation du fonctionnement de l’entreprise


Dans les secteurs économiques les plus touchés (BTP, Distribution non alimentaire, …), les entreprises ont mis en œuvre des programmes de « Contraction d’activité ». Les leviers utilisés ont été : l’application du chômage partiel pour une partie des collaborateurs, la prise de RTT et le maintien des congés pris durant la période de confinement, l’arrêt des projets et des prestations non essentielles ainsi que la suspension de certains contrats.


Dans des secteurs moins impactés, les entreprises ont pu mettre en place des politiques « Citoyennes » en renonçant au chômage partiel, en assurant la continuité des prestations externes et en accordant à leur client particulier des délais de paiement

D’autres, acteurs majeurs et stratégiques de filière, ont fait des « scan » de leurs fournisseurs afin de s’assurer que ceux-ci ne pâtiraient pas trop de la situation, et ont envisagé une aide pour ceux qui pourraient être en difficulté.


− Disponibilité des acteurs


Les entreprises n’ont pas pâti d’absence de collaborateurs clés dans cette phase de mise en place


Phase 2 - La situation actuelle (le Confinement)


- Le confinement au jour le jour :


D’une façon générale, les managers ont les attestations nécessaires pour venir travailler au bureau. Ils restent cependant pour la plupart confiné chez eux et se déplacent pour des interventions exceptionnelles ou pour assurer des permanences de direction. Les sièges et les centres tertiaires sont souvent fermés et ne restent sur place que quelques personnes des moyens généraux et, le cas échéant, une cellule technique informatique assurant le dépannage du matériel que les collaborateurs apportent pour réparation.

Le mode de management s’adapte au travail à distance, les managers qui ont un suivi plus « serré » s’en sortant le mieux. Certaines entreprises, très sensibilisées aux risques psycho sociaux, ont diffusé aux managers des consignes pour veiller aux collaborateurs et particulièrement à ceux qui sont isolés. Dans le contexte actuel de pandémie, si le travail à domicile est dans certains cas moins efficace car perturbé (espace familial partagé, garde d’enfants, préparation des repas, …), il est, dans d’autres, plus performant et plus réactif, les personnes confinées étant plus disponibles, travaillant, plus tôt, plus tard et donc plus longtemps.


- Une activité en très forte baisse


Certains secteurs ont vu leur chiffre d’affaire réduit à néant. Il s’agit notamment de chaines de magasins (ameublement, textiles, …) dont les établissements physiques ont été fermés et pour lesquels la vente en ligne n’a pas pu se maintenir car les livraisons étaient impossibles à assurer. Pour certaines activités qui auraient pu rester ouvertes (ventes d’équipement électronique, télécoms, …) Les boutiques sont restées fermées car personnes ne venaient. D’une façon générale, il n’y a pas eu de report massif des ventes sur le web.

Les activités récurrentes (Télécom, utilities, …) ont continué à « tourner », des demandes d’augmentation de forfait data ont été faites mais il n’y a pas eu de nouvelles affaires ou d’ « acquisition »


Les services pour les hôpitaux et les transports ont continué. Les activités industrielles ont été maintenues dans les secteurs stratégiques (ex :armement), essentielles ( ex : alimentaire) et celles qui sont très fortement automatisées ou qui s’opèrent dans des milieux confinés ( micro-électronique). Toutes les activités nécessitant du génie civil ( ex : déploiement de fibre) et des travaux de construction ont été arrêtées.


Au contraire, dans d’autres secteurs, le confinement a fortement augmenté la demande, c’est le cas notamment de celui de l’Assurance où les complémentaires santé ont du faire face à l’explosion des arrêts de travail pour garde d’enfants ou de personnes vulnérables. Ce sujet doit être résorbé par la monté en puissance du chômage partiel. Ce secteur est aussi impacté par l’effondrement des cours de bourse qui a mis à mal le marché de l’assurance vie.

Pour finir, dans d’autres domaines, de nouvelles offres ont été proposées. il s’agit par exemple de l’étalement des prêts, du PGE (Prêt Garanti par l’Etat) et de la généralisation de solution de sortie de cash par sms pour les banques ou de nouvelles couvertures « covid » pour les assurances


- Une activité IT en contrastes


Comme évoqué plus haut les projets ont été analysés au regard du programme de « contraction d’activités ». En conséquence, ils ont été maintenus, décalés, ou complétement arrêtés.


Les projets importants avec de forts enjeux métiers ont été conservés. Dans le secteur de la banque, les nouveaux produits liés à la crise du covid 19 ( PGE, retrait par sms, ..) ont nécessité de nouveaux développements. Si le codage et les tests à distance ne posent pas de problème, le travail de conception est plus difficile pour les fonctionnels

Les projets de sécurisation des systèmes ont été maintenus et de nouveaux ont été lancés pour assurer de meilleures protections

Les projets en phase de déploiement sont généralement retardés, les équipes préférant attendre la fin du confinement pour lancer les opérations de formation et

d’accompagnement. De la même façon, certains projets associés à des directives d’états ( ex : réquisition judiciaire) ont été mis en suspens dans l’attente de la confirmation de leur calendrier


- A l’international


Pour les entreprises dont les opérations sont internationales, l’inquiétude se porte dorénavant sur l’Afrique où la situation varie d’un pays à l’autre avec notamment un confinement ordonné au Maroc et en Afrique du sud


Phase 3 - La sortie de Crise


- Une réflexion qui se répand :


Lors des deux premières semaines du confinement, beaucoup de DG se sont concentrés sur le scénario de « contraction » et sur la maitrise budgétaire. Depuis quelques jours, elles consacrent de plus en plus de temps à la préparation de la sortie. Dans le secteur du BTP que l’Etat n’a jamais officiellement mis à « l’arrêt », des cellules de crises pour la reprise des travaux ont été mises en place dès le début du confinement.


Les calendriers « officiels » des sociétés se calent le plus souvent sur les prévisions gouvernementales (fin du confinement à la fin avril) mais font l’objet de nombreux ajustements toujours plus prudents (fin prévue à partir de mi-Mai) et les scénarios personnels des dirigeants sont plus pessimistes : la sortie définitive étant vue à plus long

terme et en plusieurs étapes


La première étape envisagée par les entreprises est la réouverture des magasins, le retour des collaborateurs dans les bureaux, les usines ou les chantiers, et le redémarrage des travaux suspendus. Pour toutes les personnes interrogées, cette étape aura lieu avant à la fin de l’épidémie et se fera progressivement


- Les conditions qui devront être réunies pour cette première étape sont d’ordre :


  • Sanitaires : les employés devront disposer d’équipements pour pouvoir travailler dans des conditions adéquates et les clients (en ce qui concerne les magasins) devront pouvoir venir en toute sécurité

  • Sociales : l’accord des collaborateurs et syndicats sera indispensable avant toute reprise

  • Sectorielles : il ne sert à rien d’avoir un accord pour rouvrir un chantier si toute la chaine logistique et de fournisseurs n’est pas prête à redémarrer elle même ; la position des leaders sera aussi déterminante

Et une coordination des collectivités territoriales avec l’état sera indispensable, les décisions locales devront être prises en accord avec les directives du gouvernement


Phase 4 - Pour l’avenir (période pandémique – 9 à 18 mois )


Cette phase, correspondra à une période où les entreprises fonctionneront selon des modalités compatibles avec la persistance de la pandémie au niveau mondial et qui seront adaptés au fil des événements et des réglementations locales. Bien évidemment, aujourd’hui, personne n’a de vision claire de cette étape


Mes interlocuteurs ont émis les hypothèses suivantes :


  • Mise à part les sociétés dont l’activité est lourdement impactée (transport aérien, tourisme, …) les entreprises seront tentées de maintenir leur activité, voire de rattraper le retard perdu lors des premiers mois de confinement et de mettre les « bouchées doubles ». La situation sera donc très délicate pour les entreprises qui seront sorties de la crise fragilisées

  • La situation pandémique et les dispositions prises pourront varier d’un Etat à l’autre, et il pourrait y avoir une compétition entre eux pour récupérer des productions des grandes entreprises internationale, le critère « épidémique » pouvant devenir un nouveau paramètre dans le choix de localisation de la production ( au même titre que le cout, la qualité de la main d’œuvre, la situation géographique, …)

  • En termes d’organisation, les entreprises devront s’adapter à des modes de « Travail à Distance » et sur site, ces dispositifs devant certainement faire l’objet d’accord négocié avec les IRPs

  • La sécurité IT et des données restera une des priorités des entreprises. L’adaptation aux règlements divers et variés qui seront appliqués à travers le monde pouvant devenir un véritable « casse-tête ». L’éventuelle utilisation des données personnelles pour le suivi et la gestion de la pandémie peut devenir un sujet critique.

  • Le mode de fonctionnement en « Stop & Go » (périodes alternées de confinement et de déconfinement) qui pourrait être appliquée peut amener les entreprises à revoir leur relation avec les fournisseurs en y intégrant des clauses de suspension de contrat.

  • Une fois l’ensemble de ces paramètres évalués, les entreprises pourront faire une revue des priorités courts et moyens termes, lancer, mettre en suspens ou arrêter les projets


Phase 5 – L’avenir (post-pandémique)


Les stratégies établies et les plans à 5 ans seront donc à revoir. Les impacts peuvent concerner les modes travail, l’immobilier d’entreprise, le secteur de la santé, la production de médicaments et de matériels médicaux, mais aussi les équipements pour les énergies renouvelables, les télécom et les composants électroniques.

Il est évident que le sujet de la localisation de l’industrie va se poser d’une façon de plus en plus ardue avec des entreprises qui auront intérêt à devenir encore plus internationales pour mieux répartir les risques et des décisions gouvernementales de relocalisation de productions stratégiques.










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